Est républicain du 22 Janvier 2008

Actu région

Relaxés onze ans après
Écroués en 1995 pour délits financiers, 5 frères réclament réparation. Après 3 non-lieux et 2 condamnations, cassation et nouveau procès.

BESANÇON._ Près de onze ans après leur mise en examen pour tentative d'escroquerie et abus de biens sociaux, les Bisontins Michel et Jean Garnier ont été relaxés par la cour d'appel de Dijon le 10 mars 2006.

Avec leurs trois frères, Pierre, Yves et Claude, ils dirigeaient en famille un petit groupe exploitant quelque vingt-cinq «Boîtes à copies» dans plusieurs villes universitaires.

Ces boutiques étaient filiales d'une holding luxembourgeoise, Power Investment, dont les cinq frères étaient administrateurs. Deux autres filiales de Power Investment, Stand-Up et GHT, louaient aux boutiques, l'une des fonds de commerce, l'autre des photocopieurs dont elle assurait le reconditionnement des plus anciens.

L'effondrement, en mars 1995 à Miserey-Salines, près de Besançon, d'une plateforme où cinquante-huit photocopieurs furent détruits, est à l'origine des ennuis des frères Garnier.

Leurs assurances, contestant l'indemnisation demandée, environ 1,5 M€, et supputant un sinistre volontaire, saisissaient la justice.

Un an ferme

Mis en examen, les cinq frères étaient placés en détention provisoire, quelques jours pour Yves et Claude, quatre mois pour Pierre, Michel et Jean qui étaient remis en liberté sous contrôle judiciaire le 26 janvier 1996.

Alors que Pierre, Claude et Yves bénéficiaient d'un non-lieu en décembre 2001, Michel et Jean étaient condamnés par le tribunal de grande instance de Besançon, le 27 novembre 2002, à 30 mois de prison dont 18 avec sursis, à 5 ans d'interdiction de gérer, et à rembourser 280 000 euros à leurs assureurs, la MAAF pour l'essentiel, et le GAN.

La cour d'appel de Besançon a, le 4 décembre 2004, confirmé le premier jugement, atténuant la peine à 18 mois, dont 12 avec sursis.

Cette décision a été cassée par la Cour de cassation le 17 novembre 2004. Ayant à déterminer si les règles de droit ont bien été appliquées, la juridiction suprême a doublement motivé sa décision.

D'une part, «le conseiller ayant présenté le rapport devant la cour ne figurait pas au nombre des magistrats ayant composé la juridiction de jugement».

D'autre part, «le juge d'instruction de la procédure faisait partie de la composition de la cour d'appel lors des débats et du prononcé de l'arrêt».

L'affaire a donc été rejugée par la cour d'appel de Dijon, qui a attribué de 1 500 à 16 000 euros de réparation pour le temps passé en prison.

«On a dérangé des gens en place...»

La cour a notamment critiqué le fait que

«ni les experts ni les policiers n'ont cherché à vérifier un point litigieux, qui méritait particulièrement de l'être, dès lors qu'il était exclu que le sinistre ait pu être provoqué» à propos d'une erreur de relevé de cotes ayant conduit à l'effondrement de la plateforme.

En outre, dit la cour de Dijon, «c'est à tort que les premiers juges ont affirmé que les cinquante-huit photocopieurs sinistrés n'avaient aucune valeur marchande».

Pour les magistrats bourguignons, «le litige devait se poursuivre devant la juridiction commerciale, et c'est à tort que les premiers juges ont fait leur thèse de la tentative d'escroquerie».

Ils estiment enfin que l'incendie d'une Boîte à copie de Dijon, le 26 juin 1995, était accidentel, une «surtension du réseau ayant entraîné un court-circuit».

Le pourvoi en cassation des assurances ayant été rejeté le mois dernier, les cinq frères viennent de contre-attaquer. Ils leur réclament 30 millions d'euros.

En fait, la procédure commencée en 1995 a porté un coup d'arrêt à leurs projets. 

«On avait des discussions avec Hachette pour équiper 900 Relais H, on était nº 2 français, on allait passer nº1 européen», dit Pierre Garnier, qui vit aujourd'hui dans le Gard. 

«On a dérangé des gens en place à Besançon, où on avait des projets immobiliers... 

Quand nous sommes allés en référé au tribunal de commerce, le juge s'est déclaré incompétent.

Nous avons voulu une procédure au fond, il n'y a jamais eu de date fixée par le greffier en chef, Robert Cazali...»

Daniel BORDUR

© L'Est Républicain - 22/01/2008 - Droits de reproduction et de diffusion réservés